Ján Levoslav Bella (compositeur)
Compositeur né le 4 septembre 1843 à Liptovský Svätý Mikulas, en Slovaquie (alors province autrichienne) et mort le 25 mai 1936 à Bratislava, en République Tchécoslovaque (aujourd’hui Slovaquie).
Fils aîné d’un instituteur, Ján Levoslav Bella révéla dès l’âge de 10 ans des dons certains pour la musique. Encouragé par l’archevêque Ladislav de Spiške, il étudia pendant 6 années la théorie musicale, la pratique de nombreux instruments classiques, la direction d’orchestre et de chœurs et même la composition. En hommage à son professeur Leopold Dvorak (sans aucun lien avec le compositeur tchèque du même nom), Bella décida de prendre Levoslav, forme slovaque de Leopold, comme second prénom. Dès 16 ans il fut en mesure de présenter une Messe pour chœur et orchestre, donnée en première audition dans la cathédrale de Spiške (1859). L’archevêque déclara à cette occasion que « Dieu s’était manifesté en terre slovaque par la grâce de cette musique miraculeuse. »
Bella poursuivit dès lors une carrière de compositeur, arrangeur, et chef d’orchestre tout en affirmant son attachement aux valeurs religieuses. En 1863 il s’installa à Vienne pour étudier la théologie au collège Pasmaneum, dont il dirigea à de multiples reprises la chorale. Dans la capitale impériale il reçut l’enseignement de Simon Sechter, un ancien élève de Franz Schubert. Après deux années il revint vivre en Slovaquie, où il reçut les ordres mineurs (1866). Son art, sobre, à la polyphonie remarquable, et volontiers inspiré par les chants populaires slovaques, s’orienta alors vers la musique liturgique. Adepte du mouvement cécilien, il écrivit de nombreuses œuvres chorales : La Prière de Saint-Cyril sur son lit de mort (Olomouc, 1869), un Notre-Père de la Slovaquie des temps anciens op. 3, le Cri de Jan Hus sur le Bûcher, Gloire à la Mère (Matké Sláve), Moïse sauvé du Nil.
Au début des années 1870, il organisa des manifestations commémoratives pour le centenaire de Ludwig van Beethoven. Plusieurs voyages en Europe (Bohême, Allemagne) lui offrirent l’occasion d’approfondir sa maîtrise de l’écriture. Il noua des contacts avec Carl Goldmark, Franz Liszt, Franz von Suppé, le violoniste Ede Remenyi et le chef d’orchestre Hans von Bülow. De cette époque datent trois Symphonies, longtemps inédites (N °1, en ré mineur ; n° 2 dite « Elégie Slovaque », en sol ; et n°3, en ut). La dernière, avec chœurs de femmes et orgue, est restée inachevée. Son matériel thématique se retrouve dans l’opéra, également inachevé, Jaroslav (1877).
En dépit de son absence d’implication politique, Bella se vit contraint à l’exil en raison du caractère supposé nationaliste de sa seconde symphonie dite « Elégie Slovaque ». Une telle accusation semble sans fondement et l’on peut supposer que le compositeur fut la victime de jalousies professionnelles. Désormais maître de chapelle à Hermannstadt (aujourd’hui Sibiu en Roumanie), Bella s’investit pleinement dans la vie culturelle locale. Tout en poursuivant une carrière d’interprète, il écrivit un cycle d’Airs valaques pour piano à quatre mains, des lieder, de la musique de chambre (quatuors et quintettes à cordes), des poèmes symphoniques inspirés de Liszt (Charlemagne, 1885-1886 ; Destin et idéal), un opéra fantastique sur une légende roumaine La fille des bois, le drame lyrique Wieland der Schmied (1890) et un Stabat Mater de dimensions modestes. Il resta également en contact avec de grands musiciens contemporains comme Johannes Brahms, Ernest von Dohnanyi, Joachim et R. Strauss.
Déçu par les instances catholiques, il embrassa la foi évangélique et fonda une famille. Bella manifesta son attachement à sa région d’adoption en signant ses œuvres du nom de Frumoasa, traduction en langue roumaine de l’adjectif « Belle » (« Bella » en italien). Sous ce nom, il composa un Hommage à von Suppé pour orchestre symphonique (1897) qu’il tenta sans succès de faire éditer à Budapest.
Ce n’est qu’au lendemain de la Grande Guerre que Bella rejoignit sa fille à Vienne. Il y vécut de 1921 à 1928. Le succès de ses œuvres chorales à Bratislava le poussa à réviser son opéra Wieland der Schmied (adaptation du livret en langue slovaque, 1926) avant de rejoindre la Slovaquie où il vécut jusqu’à sa mort.
A la fois académique et moderne, l’art de Bella représente, selon le mot de Vladimír Godár, « le digne pendant slovaque d’un Camille Saint-Saëns » (1). Le chef d’orchestre Zdenek Kosler estimait quant à lui que « Bella a su réaliser une synthèse populaire et savante aussi marquante que celle d’un Tchaikovski. Sa maîtrise de l’harmonie est fondamentalement remarquable, quasiment sans égal parmi les maîtres de son temps »(2). Gustav Mahler a semble-t-il étudié avec intérêt la production d’un opéra de Bella sur la scène viennoise avant d’en abandonner l’idée, pour des raisons extra-musicales (3). Quant au Hongrois Kodaly, il estimait trouver dans l’art de Bella « les généreux ferments de l’art musical populaire contemporain » (4).
M. Bernard (marber53 at yahoo.fr)
(1), (3) et (4) in Novak, H : Bella, Korespondence a dokumenty. SAV Bratislava 1991, pp. 112-117
(2) in Hudebny veda 2/1994, Praha
Sources
* http://www.bach-cantatas.com/Lib/Bella-Jan-Levoslav.htm
* Orel, D.: Ján Levoslav Bella. Bratislava 1924
* Hudobnovedný zborník SAV Bratislava 1953.
* Hudec, K.: J. L. Bella. Praha 1937
* Bokesová, Z.: Návrat J. L. Bellu na Slovensko. (Listy Jána Levoslava Bellu synovi Rudolfovi z rokov 1925–1936). Liptovský Svätý Mikuláš 1944
* Burlas, L.: Život a dielo J. L. Bellu. Bratislava 1953
* Nováček, Z.: J. L. Bella, veľká postava slovenskej histórie. In: Hudobnovedný zborník SAV Bratislava 1953 Martin 1953
* Novak, H : Bella, Korespondence a dokumenty. Bratislava 1991.
* Zagiba, F.: Johann L. Bella (1843–1936) und das Wiener Musikleben. Wien 1953
* Zavarský, E.: Ján Levoslav Bella. Život a dielo. Bratislava 1955
* Hudobný archív 9. Muntág, E., ed. Martin 1985
* Exegi monumentum. Ján Levoslav Bella (1843–1936). Život a dielo v obrazových dokumentoch. Čížik, V. – Lengová, J. ed. Banská Bystrica 1992
* Lengová, J., ed.: Ján Levoslav Bella v kontexte európskej hudobnej kultúry. Nadácia Jána Levoslava Bellu, Banská Bystrica 1993
* Potúček, J.: Bibliografia tlačených diel a literatúry o J. L. Bellovi. In: Hudobnovedný sborník SAV I., SAV, Bratislava 1953
* Potúček, J.: Bibliografia literatúry o J. L. Bellovi (1953–1992). In: Ján Levoslav Bella v kontexte európskej hudobnej kultúry. Nadácia Jána Levoslava Bellu. Banská Bystrica 1993